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Le narrateur ignorant : pourquoi le choisir et comment bien l'exploiter?

Le narrateur ignorant est le narrateur qui détient le moins de “pouvoirs”. Il est confiné, bien souvent, qu’à une seule pièce de la maison.

C’est souvent le type de narrateur utilisé dans les pièces de théâtre. Celles-ci se déroulent, la plupart du temps, dans un nombre assez restreint de décor due à des contraintes techniques. Au-delà de cette contrainte technique, l’unité de lieu augmente l’efficacité de l’oeuvre, en ce sens que le spectateur est plus concentré sur l’action, sur les dialogues. Pour cette raison, lorsque l’on adapte une pièce de théâtre pour le cinéma, il est conseillé de ne pas ajouter des lieux qui ne font pas partie de l’oeuvre originale, pour ne pas diluer cette “complicité” créée avec le spectateur causée par l’unité de lieu.

Revenons au narrateur ignorant. Donc, il est témoin des vas-et-viens des personnages et des gestes qu’ils commettent devant lui et ignore toute l’action qui se déroule à l’extérieur de cette pièce. Il ne lit donc jamais dans les pensées des personnages, ne les suit pas, ne change pas d’époque.

Il se contente d’être témoin de se qui se passe devant ses yeux à ce moment-là, dans le même lieu que lui. Et ce sont les uniques informations qu’il peut transmettre au public.  

L’histoire est dénudée de tous monologues intérieurs, de toutes pensées des personnages, de toutes interventions de l’auteur. Il ne reste que l’action pure. Ce type de narrateur accélère l’action étant donné que les pensées la ralentissent ou l’interrompent. Pour cette raison, ce type de narrateur n’est pas très utile dans les drames psychologiques où les “analyses” de l’état du personnage doivent être mises de l’avant. Tout au plus, le narrateur ignorant dit “bavard” se permettra d’émettre des hypothèses sur ce qu’il voit.

Avec ce type de narrateur, ce sont les personnages qui en savent le plus sur l’histoire en cours. Il s’agit alors, pour le spectateur/lecteur, de tout deviner. Pourquoi le personnage a-t-il dit cela? Où va-t-il? Pourquoi agit-il ainsi? etc. Ici, le point de vue est immobile. En utilisant ce narrateur, vous n’être pas dans l’obligation de tout expliquer. Au contraire, le but avec un narrateur ignorant est de transmettre le moins d’information possible au spectateur/lecteur pour aller chercher un maximum de participation de sa part.

Donnez-lui le minimum et il se verra obligé de construire presque lui-même l’histoire. Encore faut-il s’adresser à un public volontaire à fournir de tels efforts pour comprendre votre histoire. C’est le narrateur le plus objectif et celui qui produit ainsi l’effet de réalisme le plus fort. Comme dans la vraie vie, le public ne sait pas tout, ne se “téléporte” pas dans d’autres endroits ou d’autres temps comme il le souhaite. Si votre narrateur est ignorant et bavard, rappelez-vous qu’il ne peut rien expliquer puisqu’il ne sait rien, il ne peut que supposer. Or, bien que votre histoire lui ressemble, ce n’est pas la vraie vie! Peu d’information est envoyée au spectateur/lecteur. Uniquement l’essentiel.

Donc, vous devez doublement vous assurer de la pertinence et la cohérence de chacun des détails. Tout doit être calculé en fonction de se limiter au minimum et que ce soit le minimum le plus chargé de sens possible.

Un truc: jouez avec les connotations. Les connotations de certains mots glissés dans les dialogues, ou la connotation d’éléments de décor, etc. Effectivement, les éléments de décor, les accessoires, les vêtements peuvent se limiter à leur fonction première. Mais en plus, ils peuvent par exemple révéler l’intention cachée d’un personnage à la façon dont il les manipule ou les utilise, etc. Allez chercher un deuxième ou un troisième sens à vos indices. La connotation peut s’avérer un bon outil pour passer de l’information. Cela permet d’évoquer beaucoup avec peu! Chaque faits et gestes peuvent devenir très signifiants. Si vous optez pour la connotation, il vous faudra cependant être habile et diriger le public vers la connotation souhaitée!  

La connotation est encore plus subjective que la notion de vraisemblance. Lancez-le public dans la bonne direction! Pour éviter les malentendus par rapport aux connotations, ne vous en souciez pas à la première rédaction. Faites une relecture à tête reposée, en vous imaginant à la place du spectateur/lecteur. Posez-vous les questions qu’il risquerait de se poser. Les problèmes possibles d’interprétation vous sembleront alors plus évidents. Souvent, la relecture vous inspirera même pour des connotations encore plus fortes que celles trouvées au départ.

Un autre piège à éviter avec les connotations et les symboles est qu’ils créeront peut-être une distance entre le récit et le public en lui rappelant la présence d’un auteur derrière tous ces codes. L’action convient mieux que les idées dans une oeuvre dramatique. Si vous avez la possibilité de traduire en action l’information à transmettre au public, cette méthode est à privilégier, même si, inconsciemment, il sera porté à chercher des symboles et des connotations au sein d’une oeuvre dont le narrateur est ignorant.

Pour en savoir plus sur la narration, suivez la formation offerte par Version finale!

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