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L'ABC de l'adaptation : Comment ajuster une histoire existante selon votre discipline artistique ?

Ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans l’adaptation d’une oeuvre, outre la libération des droits, c’est d’abord qu’il est question de forme.

Le fond, c’est l’histoire, c’est l’action. La forme, c’est la façon de livrer cette histoire. L’adaptation est principalement une affaire de forme qui peut avoir des répercussions sur le fond. En d’autres mots, il y a toujours façon d’amener une même histoire à l’écran, sur scène et sous forme littéraire. Or, cela se fait rarement sans quelques modifications au niveau du fond pour que le récit puisse se modeler à sa nouvelle forme. C’est pour cette raison, par exemple, qu’un film basé sur un roman n’est jamais tout à fait fidèle à la version littéraire.

Et s’il s’agit de l’adaptation d’une nouvelle littéraire en long métrage cinématographique, il aura bien fallu dilater un peu l’histoire afin qu’elle soit assez longue pour en faire un film. Le contraire est plus courant, devoir couper certains passages d’un roman de 600 pages pour en faire une pièce de théâtre d’une durée de deux heures. Nous verrons précisément sur quels aspects doit-on faire des ajustements lorsque l’on adapte, lorsqu’une histoire change de support. Prenez Un homme et son péché. Le roman de Claude-Henri Grignon, le téléroman des années 60, le film de Charles Binamé et la télésérie actuelle sont toutes des oeuvres différentes, mais qui relatent pourtant la même histoire, à certains détails près. Il y a eu adaptation.

L’une des principales différences entre littérature et théâtre/cinéma est l’unité d’action. L’unité d’action, c’est la base, la structure, le squelette d’une pièce de théâtre et d’un film. C’est ce qui donne du rythme et qui permet d’arriver à des oeuvres d’une durée donnée. Beaucoup de romans présentent une certaine unité d’action. Ce sont les romans les plus simples à adapter. Certains romans, qui affichent plutôt un flux de pensées sans qu’il y ait une action signifiante sont plus difficilement adaptables, voire pas adaptables du tout.

On parle d’unité d’action, mais l’unité de sujet et l’unité de lieu s’appliquent également. L’unité de lieu est présente au théâtre pour des raisons techniques qui restreignent le nombre de décors. Quant à l’unité de sujet, au théâtre comme au cinéma, on doit se concentrer sur un minimum de sujets à aborder, principalement en raison de la durée limitée de l’oeuvre, le roman n’étant pas soumis à cette contrainte. La lecture d’un roman peut s’étaler sur plusieurs semaines, quelques pages à la fois. C’est ainsi qu’il peut véhiculer beaucoup plus d’idées qu’une pièce ou un film sans devenir indigeste.

Une autre grande différence concerne le mode de réception. Au théâtre et au cinéma, on montre l’action, on montre l’histoire au spectateur. Tandis que le lecteur d’une oeuvre littéraire se fait raconter l’histoire. Il doit donc se faire des images mentales et s’illustrer à lui-même l’histoire qu’il se fait raconter. Ce qui nécessite plus d’efforts de la part du lecteur que du spectateur. Donc, l’écrivain écrit pour être lu par le lecteur. Le choix stylistique et le choix des mots est important pour lui mais l’est moins pour le scénariste ou le dramaturge puisque ces derniers n’écrivent pas pour être lus, mais pour être vus et entendus. Les textes de théâtre et de cinéma sont destinés à être transformés en sons et en images tandis que les textes littéraires sont directement destinés au lecteur, sans intermédiaire, sans transformation.

Le récit littéraire donne accès aux pensées des personnages et à leur intériorité. De ce fait, il est moins intéressant visuellement et plutôt statique. Pour en faire un film, vous devrez donc traduire en images ces informations ou encore avoir recours à la voix hors champ à l’écran ou à l’aparté sur scène. La première chose à faire pour adapter un roman en une pièce de théâtre ou un film (ou une série télé), c’est de revoir toutes les notions de scénarisation ou de dramaturgie et les appliquer au récit littéraire, de la même manière que vous le feriez avec une idée originale. C’est la manière la plus simple d’évaluer ce qui pourra demeurer fidèle à l’oeuvre d’origine et ce qui devra être adapté.

  • Vous pourriez alors commencer par diviser le roman en trois actes, c’est-à-dire repérer l’élément déclencheur, le climax, etc. Beaucoup de romans présentent une structure en trois actes. Il vous suffira alors de vous assurer que la longueur des actes respecte celle imposée sur scène et à l’écran.
  • Comme le film et la pièce de théâtre sont soumis à un certain rythme, réduisez les dialogues au maximum pour faire parler les images.
  • Évitez toutes longueurs inintéressantes à l’écran ou sur scène. Dans un roman, on se permet de plus longues descriptions. Comme le théâtre et le cinéma donnent à “voir” l’histoire, exploitez le nouveau médium. Par exemple, il suffit de filmer une pièce de gauche à droite pour en faire la description qui, dans un roman, aurait occupée plusieurs paragraphes. Il y a quelques occasions comme celle-là de résumer un ou des paragraphes en un seul plan.
  • Le point de vue est un autre élément à évaluer. Si par exemple, dans le roman, le narrateur est le personnage principal, il faudra voir si c’est toujours pertinent qu’il le soit dans le film ou la pièce. Parfois, il s’avère plus simple d’utiliser le narrateur omniscient.
  • Il vous faudra très probablement raccourcir l’histoire pour qu’elle cadre dans une pièce de théâtre ou un film de deux heures. Tout ne pourra pas être raconté. Ne tentez pas de simplement raccourcir les scènes du roman mais coupez littéralement des scènes complètes qui ne sont pas signifiantes dans la progression de l’histoire et dans sa causalité, comme par exemple les passages d’intrusion d’auteur. Quant aux pensées intérieures des personnages, extériorisez-les en comportements ou en expressions faciales, en quelque chose de visuel ou en faits. Tenez-vous en à ce qui constitue la structure en trois actes et éliminez ce qui n’a pas d’impact sur l’objectif du protagoniste.
  • Évidemment, vous identifierez le personnage qui vit le plus de conflit comme étant le personnage principal.

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